Pierre Véronneau
En 1992, au moment de sa mort, Camille Moulatlet, un technicien à l'emploi de la télévision d'Etat, cédait à la Cinémathèque québécoise l'ensemble de sa collection d'appareils de formats non-professionnels.
Le fonds Moulatlet comprend: 68 caméras (8mm, S-8mm, 9,5mm, 16mm), 211 projecteurs (8mm, S-8mm, 9,5mm, 16mm, 17,5mm, 35mm), divers autres appareils et une quantité impressionnante de pièces pouvant servir à l'entretien et à la réparation des appareils. Le fonds est complété par des dossiers descriptifs établis par le collectionneur, des publications techniques se rapportant aux appareils et quelques films de divers formats, surtout 9,5mm.
Membre de nombreuses associations professionnelles et de regroupements de cinéastes amateurs, Camille Moulatlet utilisait ces différents réseaux pour enrichir sa collection. Etant lui-même technicien, il pouvait entretenir, voire même restaurer les appareils qu'il collectionnait; cela explique qu'une bonne partie des appareils soient en état de marche., même au prix de quelques hérésies historiques.
La qualité principale de cette collection est de fournir à la Cinémathèque un échantillon très représentatif d'appareils de format sub-standards, et surtout d'appareils utilisés en activité semi-professionnelle ou amateur. On y retrouve notamment de l'équipement "haut de gamme": Beaulieu, Bolex, Nizo, Pathé. Monsieur Moulatlet accordait d'ailleurs une attention particulière à certaines marques, Paillard-Bolex et Pathé par exemple, et avait rassemblé un choix étendu de leurs produits.
Enfin, Moulatlet avait une passion peu courante au Canada: le 9,5mm. Ce format (de tournage, puis de diffusion) fut mis au point par Pathé en 1922 et visait la clientèle familiale. Des années 30 aux années 50, il fut populaire en Europe et même diffusé au Québec où, à travers certains marchands qui entretenaient des liens avec la France, il fut importé et assura l'assise d'une bonne partie du cinéma familial québécois, jusqu'à l'arrivée du 8mm. (Certains de ces marchands québécois offraient également en location des films sur support 9,5mm pour projections privées - Metropolis faisiait partie de leur catalogue).
Ayant survécu à l'arrivée du son, puis de la couleur, le 9,5 ne fut bientôt plus utilisé qu'en Europe (France et Grande-Bretagne principalement); on le considère maintenant en voie de disparition. La collection Moulatlet reflète bien cette évolution et les cinquante années d'existence du format 9,5 sont parfaitement couvertes par le don qui comprend de plus quelques films (certains tournés par Moulatlet lui-même), une collection complète de la revue 9,5 et une abondante documentation sur les appareils.
Le fonds Moulatlet de la Cinémathèque québécoise inclut aussi des appareils 8mm (un format commercialisé par Kodak à partir de 1932) et Super-8 (introduit en 1964). Ces appareils proviennent d'Amérique, d'Europe et d'Asie. On y retrouve aussi des appareils 16mm européens et américains couvrant les quarante premières années de l'histoire de ce format.
Le cinéma amateur et semi-professionnel occupe une place importante dans le paysage cinématographique canadien. Le fonds Camille Moulatlet reflète cette vie spécifique: il en couvre à peu près tous les aspects, des années 20 aux années 70.
A l'été 1993, la Cinémathèque québécoise a présenté une première exposition montée à partir de la collection (1) Moulatlet. Cette exposition a rejoint un public très large qui y a retrouvé avec bonheur un certain cinéma qui, il y a peu de temps, faisait partie de la vie familiale de nombreux Québécois.
(1) Cette collection est entièrement cataloguée et l'information accessible à tout usager de notre médiathèque - et elle le sera bientôt sur Internet.