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Fred Junck, 1942-1996

He was a big man, his facial features somewhat reminiscent of Orson Welles, including the cigar most people who knew him remember him holding between his lips. He may not have been easy to get along with and too shy, actually, to be sociable. It was hard to engage him in small-talk, but if it was about movies, one had his full attention. He lived for films.

Fred Junck, founder and curator for eighteen years of the Cinémathèque Municipale de Luxembourg, died on Saturday, February 10, 1996 , after a long illness; aged fifty-three.

Born in 1942 in Luxembourg, he was attracted to the movies from childhood on, and when he attended the Parisian Lycée Henri IV in the sixties - among his schoolmates were Bertrand Tavernier, Barbet Schroeder and Bernard Eisenschitz - he was spending his time off in the movie theatre of the Cinémathèque Française where he made the acquaintance of Henri Langlois who subsequently fostered Fred Junck's deep interest in historical films.

Upon his return to Luxembourg in the early seventies he dreamed his dream of a film archive of his own. Although his endeavours failed at the beginning, he was lucky enough that the Luxembourg Government bought a private film collection in 1973 and commissioned Fred Junck to catalogue it. At the same time he was working as a journalist for various Luxemburgian media. During these years, he also shot two documentary films: A Man, a legend: George S. Patton (1969) and L'Europe en marche (1973); a filmic portrait of Robert Schuman. Prior to that he had been working occasionally as actor for Eric Rohmer and René Clément, and later, while he was already heading the Cinémathèque, he continued making cameo appearances in a few Luxemburgian films.

His vision, that he never lost sight of, came finally true: in 1976 he founded on a private basis the Cinémathèque du Luxembourg which was taken over by the City of Luxembourg in February, 1977. During the subsequent years, the Cinémathèque Municipale was busy acquiring and eventually restoring films that otherwise would have had no chance to be shown to a Luxemburgian origin - mostly documentaries - were of course being collected at the Cinémathèque, at a time when virtually no one seemed to be interested in these works.

With very much sensitivity and competence, Fred Junck managed to build up working relations with private collectors and other film archives across the world. Thus, being supplied with a sizeable yearly budget, he could expand his archive quickly. In 1983, this was acknowledged by FIAF who granted the status of observer; in 1988 the Cinémathèque was given full membership. This provided the framework for new endeavours: Fred Junck started hunting for prints of rare films. He discovered a late silent Asta Nielsen vehicle, Laster der Menschheit (Germany 1927) and Nunzio Malasomma's Der Mann ohne Kopf (Germany 1927) both of which were considered lost at the time. In 1993, Fred Junck retrieved a nitrate print of Karl Grune's Waterloo (Germany 1929) from a private collector and had it restored in cooperation with the Cinémathèque Suisse and the Cinémathèque Royale de Belgique. He commissioned Carl Davis to write a new score for a grand re-opening of the film as the Cinémathèque's contribution to "Luxembourg- European City of Culture 1995".

Since 1987 Luxembourg has come to be one of the world's places where silent films are regularly shown accompanied by a large symphony orchestra. Starting with Clarence Brown's Flesh and the Devil , and including Ben Hur, Intolerance, Napoleon and other great silents, Fred Junck, together with Carl Davis, recreated the grand tradition of "Live Cinema" on a yearly basis for his hometown. Also, he invited people of world renown to visit Luxembourg and discuss their films with the audience: Joseph L. Mankiewicz, Samuel Fuller, Budd Boetticher, Joseph H. Lewis, Robert Parrish, Bertrand Tavernier, Eric Rohmer, Costa-Gavras , to name but a few: Fred Junck and his small staff added much to the film culture of his country.

The rapid growth of the archive necessitated over the years various moves within town, from one temporary location to the other, until the Cinémathèque took possession in 1993 of its current, modern and well equipped quarters in the southern industrial belt of the city. With its comfortable movie theatre in the downtown area, it provides public access twice a day to the infinite richness of now 12.000 films, and constantly growing.

Fred Junck's untimely death leaves a gap that can hardly be filled. His compassion for films, his vigour and engagement in collecting, preserving and making films accessible cannot be surpassed. The international community of film archivists and scholars will remember him as one whose love for the moving images was bigger than life.

Uli Jung


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J'ai rencontré Fred Junck pour la première fois, au Congrès de la FIAF à Vienne, en 1984, il y a douze années. Il avait alors - je le sais maintenant - 42 ans.

Ce qui m'a le plus frappé chez le personnage (il en était un, et, à l'époque, je l'avais retenu comme tel) c'était son coté Jeckyl and Hyde. Il pouvait être doux, charmant et charmeur, à certaines heures du jour, ou plutôt de la nuit, dans conversations cinéphiles, au bar de l'hôtel, buvant comme un ogre et fumant sans arrêt de gros cigares. Il pouvait être dur, très désagréable même, quant il était de mauvaise humeur ou avec des gens qu'il n'aimait pas, à d'autres heures, plutôt le jour ou les matinées. Je me souviens d'avoir confié José Manuel Costa qu'il me rappelait le milliardaire de City Lights. On ne savait pas quand il vous ouvrirait grand les bras ou quand il vous chasserait net. Et je me rappelle aussi que, quoique très sociable et entouré de gens, c'était quelqu'un de très seul; une force de la nature, une faiblesse qu'il cherchait à cacher.

Je l'ai retrouvé beaucoup plus tard au congrès de Paris, en 1988. On devait alors élire la Cinémathèque de Luxembourg comme "full member" à la FIAF. Il y avait pas mal d'adversaires, voire même des ennemis. Le bruit courait que le Comité directeur n'allait pas soutenir sa candidature. Ce fut le première fois que l'Assemblée générale ait retourné la situation. On se préparait à ajourner la votation et à passer outre, quand quelqu'un (je ne me rappelle plus qui) a demandé qu'on vote tout de suite. On a d'abord voté pour savoir si on voterait. Puis on a voté et la Cinémathèque Municipale de Luxembourg a été acceptée à une large majorité. Fred est revenu dans la salle, ne cachant pas sa joie. Pour lui, c'était la victoire après une guerre de dix années pour se faire accepter au sein de la FIAF. Il était finalement reconnu.

Cette guerre, c'était encore un écho des vieilles querelles "programmateurs" / "archivistes". Si on le reconnaissait comme un excellent programmateur et un collectionneur remarquable, on se posait des questions sur son statut d'archiviste. Mais il a très bien défendu son cas spécial. Dans un pays de très petite production nationale comme le Luxembourg, il avait accompli le devoir essentiel de tout archiviste: sauver et sauvegarder le patrimoine national. Pour le reste, il demandait à être libre de former sa collection assez spéciale, réunissant un tas de films rares et très peu connus, surtout des maîtres maudits du cinéma américain.

Nous avions des goûts assez proches, surtout en ce qui concerne ce cinéma-là. Et, surtout à partir de 1990, nous nous sommes partagé les films. Il nous a beaucoup aidé pour certaines recherches et certaines rétrospectives, comme Tourneur, Ulmer, Whale, qu'il connaissait en profondeur et dont il avait des oeuvres que personne d'autre ne possédait.

En 1992, il m'a invité à aller au Luxembourg, pour une "carte blanche". Pendant ces jours, j'ai pu voir ce qu'était un homme qui ne faisait qu'un avec sa cinémathèque, où il était tout et où il s'occupait de tout. Il était peut-être le dernier de ces "hommes-cinémathèque", c'est à dire qu'il incarnait à lui seul une institution et un rêve. La Cinémathèque de Luxembourg, c'était lui et il était la Cinémathèque du Luxembourg. Pendant ces jours au Luxembourg, où on ne se quittait pas de l'heure du déjeuner à très tard la nuit, nous sommes devenus des amis, avec de passionnants débats, bagarres et complicités. Il m'appelait "vieux flibustier" en ajoutant qu'il les aimait bien.

Peu de temps après, j'ai appris sa maladie et pendant ces quatre dernière années je l'ai vu lutter contre elle comme il avait toujours lutté contre tous et tout. Son courage - sa tripe - m'a fait l'admirer et le respecter beaucoup. Et il savait bien que, cette guerre, il ne pouvait la vaincre. Mais il tenait et il a tenu jusqu'au bout.

Il continuait à être présent à tous les congrès, à toutes les réunions, à tous les festivals, voyant tout, voulant tout savoir, se passionnant pour tout, comme toujours. La dernière fois que je l'ai vu, c'était à Pordenone, en octobre. Il ne fumait plus, mais il continuait à boire et à tenir à ses longs dîners, où sa présence rayonnait et faisait rayonner.

En 1995, le Luxembourg étant la capitale culturelle de l'Europe, Fred a conçu ce livre admirable où il a réussi à réunir les grands metteurs-en-scène, les grandes stars, de Kazan à Scorsese, de Mickey Rooney à Catherine Deneuve, pour le choix d'un film qui était pour eux le cinéma. Ce petit livre rouge, tellement beau et tellement émouvant, c'est le miroir de Fred, le portrait de son rapport avec le cinéma qu'il aimait.

Comme dirait Renoir "il avait de la classe et ça devient rare à notre époque, ça devient vraiment rare à notre époque". J'ai envie de boire encore un verre avec lui et, craignant bien que cette époque ne soit en train de mourir elle aussi, de lui faire le toast de Hawks: "Hurrah for the next man who dies".

Et le dernier qui est mort s'appelait Fred Junck.

Joâo Benard da Costa, Cinemateca Portuguesa



Fundador y conservador durante 18 años de la Cinemateca Municipal de Luxemburgo, Fred Junck falleció el 10 de Febrero de 1996, tras una larga enfermedad, a los 53 años de edad.

Nacido en Luxemburgo, se entregó al cine desde su temprana infancia. En el Liceo Henri IV de Paris, conoció entre sus compañeros cinéfilos a Bertrand Tavernier, Barbet Schroeder y Bernard Eisenschitz. Más tarde, Henri Langlois fomentó y apoyó el entusiasmo irrestricto de Fred Junck por las películas históricas.

En 1976 fundó la cinemateca de Luxemburgo, que fué luego retomada por la Municipalidad de dicha ciudad. Esta feliz iniciativa de las autoridades municipales, permitió a Fred Junck adquirir numerosas obras raras de la historia del Séptimo Arte y enriquecer sus colecciones, que comportan hoy más de 12.000 títulos.

Apasionado por las funciones de cine mudo con acompañamiento de orquesta sinfónica, hizo de Luxemburgo una de las capitales mundiales de este género tan especial de espectáculo cinematográfico clásico.