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Biennale internationale de l'audiovisuel Amerindia 95

Le cinéma est l'arme idéale de la conscience des indigènes parce qu'elle leur permet de participer à la conception du mythe. La mythologie des continents Nord et Sud des peuples amérindiens recèle un trésor d'expériences collectives et tribales susceptibles d'enrichir audacieusement le processus de revitalisation culturelle et de création du mythe communautaire. (Victor Masayesva, réalisateur Hopi)

Un siècle s'est écoulé depuis la première projection cinématographique où 33 spectateurs payèrent un franc chacun pour voir 10 courts-métrages au Grand Café du boulevard des Capucines à Paris.

Cent ans dans la vie d'un art à l'existence hasardeuse, au cours desquels la production de films s'est intéressé au cinéma vérité et au documentaire en passant par le cinéma commercial à grand spectacle pour arriver au cinéma fantastique et aux images de synthèses. Cependant dans le concert des échanges culturels de ce siècle, l'expression audiovisuelle des premières nations du continent américain - le cinéma Amérindien - qui fut une des préoccupations incontournables du début du cinéma américain, n'a toujours pas acquis la place qu'elle mérite.

De ces origines, il faut mentionner deux oeuvres du cinéma Yucatèque, répertoriées par l'Université autonome de Mexico, Tiempos Mayas et La Voz de la Raza, toutes deux réalisées en 1912 ainsi que le documentaire Nambikuara réalisé au Brésil la même année. Aujourd'hui la création audiovisuelle, porteuse de la mémoire ancestrale d'une population d'environ 60 millions de personnes et exprimant la riche diversité de l'imaginaire et de la pensée aborigène, a bien du mal à s'imposer. Les oeuvres, souvent anonymes, témoignent pourtant de la vitalité des cultures autochtones d'Amérique, en tous cas de celles qui ont pu survivre à l'arrogance dévastatrice des conquistadores, à la Sainte Inquisition et à la discrimination pendant cinq siècles. Eparpillées un peu partout sur la planète, les oeuvres amérindiennes ne sont pas connues du grand public et quand elles sont projetées, on les programme dans des cadres appropriés.

La culture officielle des états latino-américains s'obstine à ignorer les grands courants qui nourrissent les cultures indo-américaines, tout comme les cultures amérindiennes et les cultures nègres. Les critiques, eux, les jugent à l'aune de l'esthétisme, des valeurs et des manières de vivre d'outre-mer.

Elle ignore les signes ou tout langage expressif qui ne correspond pas aux codes de l'Occident. Elle confond le développement technique avec la mémoire ancestrale, le pragmatisme avec la sagesse, empêchant ainsi de sauvegarder le sens de la vie communautaire et le pluralisme interculturel.

Jusqu'à aujourd'hui l'histoire du cinéma latino-américain a été celle d'un cinéma créole qui n'a cherché qu'à imiter le cinéma commercial développé dans les pays industrialisés.
Le cinéma latino-américain est le meilleur exemple du processus de colonisation culturelle auquel sont soumises les sociétés indo-latines du continent.

D'autre part, nous avons également constaté qu'aucune des plus grandes cinémathèques européennes ne possède de fichiers thématiques répertoriant des oeuvres sur les cultures amérindiennes.

C'est cette problématique qui affecte évidemment la spécificité de la cinématographie d'Amérique qui a poussé le CICAI, Centre Intercommunautaire pour la Culture Audiovisuelle Indépendante, à organiser en France depuis 1990 les Rencontres du cinéma Amérindien.

Le première rencontre eut lieu dans les Ateliers Varan à Paris. Elle fut l'occasion d'un échange interculturel sans précédent où le public a pu voir des films sur les cultures amérindiennes des trois Amériques: les Huave, Mohawk, Quechua, Guarani, Abenaki, Aymara, Innu, Miskito, Huichol, Yanomami, et chose inespérée, un film sur les Rapa-Nui (Ojos de piedra) produit par le Chili.

Un des temps forts de cette programmation fut un film qui nous fit découvrir la lumière de la jungle amazonienne et partager la vie des Ache-Guayaki (communauté assimilée aux Guaranis), leur chasse au singe suivie de la collecte de fruits pour terminer par un dessert de larves de termites. L'écrivain paraguayen, Ruben Bareiro-Saguier présenta l'oeuvre qu'il apportait de façon très émouvante:

« L'extermination des indiens 'sauvages' n'est pas seulement une lamentable erreur du passé; l'extermination continue aujourd'hui, et le témoignage pathétique des Ache-Guayaki du Paraguay le montre bien. Les Ache se sot réfugiés au plus profond de la jungle fuyant le contact 'civilisateur' de l'homme blanc.

La chasse à l'indien de la période coloniale a repris au Paraguay dans les années cinquante, fondée non plus sur les arguments utilisés par l'Inquisition mais sur le fait que les Ache commettaient des vols dans les plantations.

Plantations érigées sur les territoires leur ayant été volés par l'homme blanc
.

Le Département des Affaires Indigènes, dépendant de l'armée paraguayenne, est chargé depuis 1958 de la mise en place d'un programme consistant à regrouper et à civiliser les Ache-Guayaki(!).

La majeure partie des survivants de cette opération furent installés dans une réserve où la désintégration culturelle les conduira à une mort lente mais certaine. Les Ache savent qu'ils sont condamnés à disparaître. Ils savent qu'ainsi ils cessent d'être des hommes.

Leurs poèmes sont pleins de cette tragédie... Les Ache chantent leur propre mort... »



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Les éditions suivantes des Rencontres du cinéma AMERINDIA - antérieures à la Biennale - ont été présentées à Paris, Lausanne, Liège, Perpignan, au sein de programmations pluri-culturelles, à Genève, Pau, Fort de France, Tours, Strasbourg, San Sebastian, Bilbao... Une expérience riche d'enseignement qui permit également de publier un Répertoire de Films et de Vidéo documentaires amérindiens, dont nous préparons la troisième édition.

Il s'agit d'un travail de prospection thématique visant à ouvrir des espaces de plus en plus larges à la vie inter-culturelle sur les cultures amérindiennes. L'origine ethnique des réalisateurs et des producteurs n'est pas un critère de sélection pour le CICAI.

Bien évidemment, les oeuvres réalisées par des auteurs indépendants ou par les communautés amérindiennes (v.gr. Kraho, os Filhos da Terra) ont été au centre de nos préoccupations, ayant constaté que ce type de production est vraiment très rare dans les pays hispanophones d'Amérique. Ce sont les ONG, les journalistes des chaînes de télévision et les petites maisons de production qui réalisent la plupart des oeuvres audiovisuelles amérindiennes en Amérique Latine. Pour les amérindiens d'Amérique du Nord, la situation est différente puisque les « réserves » et les communautés sont insérées dans des sociétés riches aux technologies modernes. Nous pouvons cependant affirmer que c'est à l'Aboriginal Studio du National Film Board of Canada, que nous devons la meilleure production de films sur le thème amérindien.

En 1950, lorsque John Grierson réussit à faire passer une loi nationale visant à développer le cinéma documentaire, personne ne pouvait imaginer qu'il allait participer, comme il le fait aujourd'hui, à la redécouverte des cultures amérindiennes.

En 1995, la Cinquième édition des Rencontres du cinéma AMERINDIA a célébré le centenaire du cinéma en inaugurant la Biennale Internationale de l'Audiovisuel AMERINDIA.

C'est au Xème Festival de Cinéma et de Télévision de Trieste en Italie que fut présenté la programmation de la Biennale, du 22 au 28 octobre et à la Vidéothèque de Paris, du 20 au 24 novembre 1995.

En suivant la devise « pour la connaissance des cultures amérindiennes, jusqu'au pluralisme culturel des deux Amériques », la programmation de la Biennale AMERINDIA s'est constituée autour de sept grandes aires écologiques et culturelles originales: a) au sud de Nunavut (Abenaki, Huron, Mohawk); b) la rive gauche du Rio Colorado (Hopi, Navajo, Azteca); c) deux isthmes, deux océans (Maya, Lacandon, Cuna); d) Caraïbes et Amazonie (Yanomami, Arua, Napo); e) Chaco et Mato Grosso (Toba, Tupi-Guarani); f) les Andes (Quechua, Quichua, Aymara); g) au sud du sud (Mapuche, Huilliche, Pewenche).

Au soutien de la Cinémathèque suisse, du Centre National de la Cinématographie (CNC), de l'Institut Jean Vigo, des Ateliers Varan, du CNRS Audiovisuel de France, du National Film Board of Canada, de Survival International de France, du Conseil International du Cinéma, de la Télévision et de la Communication audiovisuelle, CICT de l'UNESCO s'ajoute aujourd'hui l'invitation de la Fédération Internationale des Archives du Film à diffuser notre travail sur l'audiovisuel AMERINDIA, ce dont nous sommes sincèrement ravis.

Sergio Bravo-Ramos (trad. Corinne Bondu)



In the cultural exchanges of this century, the audiovisual expression of the first nations of the American continents, the Amerindian cinema, has not always received the place that it deserves. Today audiovisual production carrying the ancestral memory of a population of about 60 million people and expressing the rich diversity of imagination and of aboriginal thought, for good or bad, has overtaken us. The works, often anonymous, witness the vitality of the indigenous cultures of America. The official culture of the Latin American states continues to ignore the great currents that nourish the Indo-American cultures, as the Amerindian cultures and the Negro cultures. The critics, for their part, judge them according to the aesthetics, values and manners of overseas. They don't know the signs of the expressive language. Until today the history of the Latin American cinema has been that of a mixed cinema which only tries to imitate the commercial cinema of the industrial countries. The Latin American cinema is the best example of the process of cultural colonization to which the Indo-Latin societies of the continent were submitted.

It is this problem that has motivated the CICAI, Intercommunity Centre for Independent Audiovisual Culture, to organize Conferences on Amerindian cinema, since 1990 in France. The first conference was held in the Ateliers Varan in Paris. It was the occasion of a multicultural exchange without precedent, where the public was able to see films on the Amerindian cultures of three Americas. One of the great discoveries of this program was a film that discovered for us the light of the Amazon jungle and made us share the life of the Ache-Guayaki.

In 1995, the Fifth Conference on Amerindian Cinema celebrated the centenary of cinema by inaugurating the International Biennale of Amerindia Audiovisual. The 10th Festival of Cinema and Television at Trieste in Italy presented the program of the Biennale, in October and at the Vidéothèque of Paris, in November 1995.

Following the plan "for the knowledge of Amerindian cultures, as fast as the cultural pluralism of the two Americas," the program is built around the seven great ecological areas and original cultures, as listed. The organizations named at the end of the article gave support to this project.