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Jerzy Toeplitz: a Memoir

Jerzy Toeplitz chaired the Federation in its most complicated period of existence during the Cold War and the crisis with Henry Langlois. FIAF is a non-political, professional organization. But never, neither in the past nor in the future, does an international organization exist in total isolation from the world, from political conflicts, diverging interests, changing social realities. It was a political decision when FIAF after World War II deleted Germany from the list of its founding members.

The divided postwar Germany remained as a center for conflicts. The Eastern bloc wanted to strengthen East Germany at the border line of the western world, to keep the two Germanys for ever. The Western bloc shared the opposite interests and intended to extend its sphere of interest. For decades the relations between East-Germany and West-Germany were far from normal. Both Germanys were a kind of plaything for the big powers. One of the battlefields was the international recognition of East Germany. In all possible cases the West opposed the affiliation of East German institutions to international organizations. Often successfully. It was during Toeplitz’ presidency, in the middle of the 50s, that FIAF took a pragmatic decision and adopted archives from both parts of Germany. In those years there was still national membership in FIAF. This step could be understood as a recognition of the German Democratic Republic. It was welcomed by one side, condemned by the other. FIAF lived peacefully with this solution whilst others were paralyzed by this subject for years. To a great part it was Toeplitz’ sense for realities and courage which led to this pragmatic decision.

I experienced another example of Toeplitz' capability to balance, to solve serious conflicts: 1967, FIAF Congress in East-Berlin. It should be an impressive meeting, the new archive buildings were inaugurated, complications were not "planned". An accident, just in East-Berlin: a decision had to be taken about the affiliation of the Stiftung Deutsche Kinemathek from West-Berlin. FIAF still had national membership. To which "nation" should the Kinemathek go? The Eastern bloc had in these years the concept of "three Germanys": East, West and the so called "independent political subject, Berlin(West)". Jerzy, the man from the East, should defend this position. But he was totally aware how unrealistic this concept was, that it would never find a majority in FIAF. But he was also aware that the archives from Eastern Europe would be bound to defend this concept. The risk of splitting the Federation or at least the withdrawal of socialist countries was evident. Jerzy started a series of private talks with Volkmann (Berlin/East), Rathsack (Berlin/West), Pöschke (Germany/West), with Privato from Moscow, Lindgren, Ledoux and others. He found no space for a compromise within the existing structures. After all these contacts Jerzy presented a simple but revolutionary solution: FIAF should give up national membership and introduce individual membership. This proposal was not universally welcomed. Why should 'national archives' give up their privileges? There was much discussion about the dangers of proliferation of archives, the warning about an Americanization of FIAF by numerous archives from the US. Much opposition but no other alternative to solve the adoption of the Kinemathek smoothly, without political confrontation. With patience, Jerzy convinced all opponents. East and West did not loose either face or prestige. And in the long term, introducing individual membership was the only solution to the growth of the Federation and of worldwide awareness for film preservation.

One year after the "Berlin compromise" Jerzy lost most of his jobs in Poland. He was punished for his liberalism at the high film school in Lodz, for his critical view on the narrow-minded cultural policy in Eastern Europe, on the dictate of socialist realism, for his tolerance between East and West in FIAF. The solidarity of FIAF prevented a ban on Jerzy leaving Poland. Even after he had fallen into disgrace in Poland he continued as President of the Federation.

I have observed Jerzy in other difficult situations: 1960, when Langlois left the FIAF Congress in Stockholm; 1969 in New York, when Ernest Lindgren opposed to the adoption of "cineclubs with some films collected" from developing countries, without realizing that these were archives in an embryonic stage; in the internal debate about film archives and film institutes; about the autonomy of archives etc. What I admired most was his capability to listen to and to learn from others, his sensitivity towards new developments and realities, and to bridge the sometimes contradictory views between old and new, East and West. I had never the feeling that he imposed his opinion on others, but moderated between different positions, always looking for consensus and avoiding serious conflicts. He was not only an ideal president of FIAF, he was one of the great personalities in international film culture in the postwar period.

Wolfgang Klaue



Le rythme de l'histoire

En avril, à Los Angeles, Jerzy Toeplitz, qui fut notre président durant 20 ans, était avec nous pour une dernière fois. Malgré sa fragilité évidente, Jerzy tenait à célébrer avec nous le Centenaire du cinéma.

Le 24 juillet, tous les archivistes affiliés à la FIAF ont perdu un leader historique. Quant à moi, j'ai perdu un collègue hors du commun et un ami très cher.

Nous nous étions rencontrés il y a presque cinquante ans, en janvier 1949, à Knokke-le-Zoute (Belgique), à l'occasion d'une réunion du Comité directeur de la FIAF. Et depuis lors, nous nous sommes revus chaque année, parfois deux ou trois fois. Des liens étroits s'étaient établis entre nos archives respectives, Jerzy étant devenu le champion de la coopération international entre les divers membres de la FIAF.

L'une de mes expériences professionnelles les plus stimulantes fut l'organisation des congrès FIAF de 1952 et 1960, à Amsterdam. L'appui de Jerzy, et son leadership exceptionnel assurèrent le succès de ces congrès. Le congrès de 1960 en particulier, avec le mandat de mettre de l'ordre dans notre fédération et de définir un plan d'action pour l'avenir, fut assurément un moment crucial de l'histoire de la FIAF.

En 1972, après vingt ans à la présidence, Jerzy Toeplitz remit sa démission pour aller en Australie, mettre sur pieds l'Australian Film and Television School de Sydney. Il fut absent pendant sept ans. A son retour et tout au long des quinze années qui suivirent, nous reprîmes la bonne habitude de nous voir régulièrement. Jerzy reprit du service! Tournées de conférences, cours dans des universités étrangères, séminaires à l'Université de Varsovie et à l'Académie polonaise du cinéma, travail permanent à la suite de son Histoire du cinéma, constituèrent désormais son emploi du temps. (J'eus le plaisir de le retrouver, lui et sa femme, deux fois en Hollande au cours de ces années: en 1991, au Festival d'Amsterdam, et en 1993, alors qu'il était conférencier invité du congrès de l'IAMHIST). Et il multiplia les contacts avec la FIAF.

En 1994, dans une de ses lettre, Jerzy m'écrivait: "Désormais, quand nous nous rencontrons, deux messieurs plus très jeunes, deux pionniers du mouvement des archives du film, nous parlons du bon vieux temps et nous nous inquiétons de l'avenir de la FIAF. Pas de façon dramatique, mais avec le sentiment que nous avons perdu une occasion... Personne ne pense à écrire l'histoire de cette fédération. Nouvelles générations, temps nouveaux. Et la vieille garde qui diminue d'année en année. Mais sans doute ne faut-il pas s'étonner de cela; il n'y a pas lieu de se plaindre. Ainsi va le rythme de l'histoire!"

Jerzy Toeplitz, toute une vie consacrée à la FIAF...

Jan de Vaal


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Jerzy Toeplitz 1909-1995

Décédé à Varsovie, le 24 juillet, à l'âge de 85 ans, Jerzy Toeplitz, historien, critique et théoricien du cinéma fut un des Polonais les mieux connus dans les milieux cinématographiques mondiaux.

Parmi les gens du métier, personne en Pologne ne disposait d'une autorité plus grande, tellement incontestée. Le nom du professeur sera toujours à la place prépondérante quand on nommera les hommes qui ont élevé le cinéma polonais, de créature informe et purement provinciale au niveau international. Et si on ne nomme que des hommes ne réalisant pas des films - ce sera, je crois, la première place.

Je me rappelle bien le commencement de cette période de développement quand, juste après la guerre, on a constaté son tragique bilan. On ne disposait même pas de la moitié des acquis - pourtant peu nombreux - qui existaient avant 1939. Les metteurs en scène les plus ambitieux exterminés ou dispersés dans le monde; la critique cinématographique moins qu'à l'état embryonnaire; les écoles de cinéma inexistantes; point de littérature filmique, même traduite; les copies des grands chefs-d'oeuvre brûlées ou détruites. Et encore la concurrence entre les grands pouvoirs cinématographiques. Et encore la politique répressive du parti communiste qui refusait toute initiative indépendante et plus personnelle. Une situation sans issue.

Jerzy Toeplitz s'est mis à cette rude besogne du renouveau du cinéma national avec la conviction inflexible que même les cinématographies moindres et peu présentes sur les marchés internationaux peuvent jouer un rôle positif dans le développement de l'art du film. Juriste, diplômé de l'Université de Varsovie (1933), employé de l'industrie cinématographique britannique à Londres (dès avant la guerre) et puis critique du quotidien économique Kurier Polski et du gauchisant Dziennik Ludowy, il fut après la fin de la seconde guerre un des rares professionnels qui se rendaient compte de ce qu'il fallait faire - et dans quelle priorité - pour que le cinéma polonais devienne une force significative.

Oui, il collaborait aussi à établir les fondements de l'organisation du cinéma polonais, il a même accédé à la dignité du vice-directeur de Film Polski, organisme monopoliste de l'Etat. Mais l'exercice des fonctions publiques, derrière son bureau, ne s'est pas avéré être sa vocation. Déjà, vers la fin des années 40, il s'est mis à construire la Wyzsza Szkola Filmowa - Institut des Hautes Etudes Cinématographiques à Lodz, très vite renommé dans le monde (d'autres prétendent, vu le groupe important d'anciens élèves, qu'il fut le meilleur existant).

Parallèlement Toeplitz a collaboré à la création de Panstwowy Instytut Sztuki, Institut de l'Art, qui a rendu possible, pour la première fois en Pologne, des recherches scientifiques dans le domaine artistique. Ce fut lui également qui fonda Kwartalnik Filmowy, la revue trimestrielle de niveau universitaire (heureusement reprise, il y a un an, dans des nouvelles conditions) et ensuite un mensuel important Kino, existant sans interruption jusqu'à aujourd'hui.

Son oeuvre bien connue fut aussi Filmoteka Narodowa, la Cinémathèque Nationale: sans elle aucune propagation rationnelle de la culture cinématographique n'eût été possible. Pour tout cela on l'a récompensé en lui confiant le rectorat de notre Institut de Lodz; en l'élisant tout d'abord président, ensuite membre honoraire de la FIAF.

Jerzy Toeplitz savait avec sagesse profiter des possibilités créées par la politique culturelle de jadis. La politique se montra reconnaissante. Lors des mouvements contestataires de mai 1968 le recteur de l'Ecole de Lodz fut un des deux (sur 74 écoles supérieures) qui a signé une protestation contre les représailles physiques des forces de sécurité envers les étudiants pour leurs convictions politiques. Il a payé pour cela presque immédiatement: les autorités l'ont destitué de son poste de recteur et aussi de directeur du Secteur Cinéma dans l'Institut de l'Art.

Qui a gagné? L'Australie, qui a offert au professeur une chaire à l'Université de Melbourne. Ensuite on lui a confié l'organisation de la première "Australian Films and Television School" à Sydney qui a par la suite sensiblement participé à l'avènement du cinéma du cinquième continent dans l'arène mondiale.

Pourtant je considère plus important l'apport du professeur dans la critique et la littérature cinématographiques.

Ses célèbres Notes du calendrier d'un côté, rappelant les plus grands films de notre siècle et ses livres Cinéma et télévision aux Etats Unis, Le nouveau cinéma américain, Hollywood and after mènent à l'ouvrage essentiel de sa vie: sa monumentale Histoire de l'art du cinéma. Son sixième volume la conduit jusqu'à 1953. Cet ouvrage original, brillamment documenté, écrit d'une manière fascinante (dans le monde, pour un travail aussi vaste, on convoque toute une armée de spécialistes) peut être présenté avec orgueil à tout le monde, malgré les barrières du langage. (Il existe déjà une traduction allemande autorisée.) Bon nombre de critiques et d'anciens étudiants se reconnaissent influencés par l'apport et les interprétations de Toeplitz sur l'illustre passé du cinéma.

Le professeur a travaillé jusqu'au dernier jour sur son Histoire, se déplaçant souvent pour des conférences et des rencontres avec ses lecteurs. Nous avons donc le droit d'espérer au moins encore un septième volume de son oeuvre.

Dans les souvenirs post mortem on écrit volontiers que le défunt a laissé derrière lui une place vide que personne ne remplira. Je ne vais pas faire cela avec Jerzy Toeplitz. Son effort, son travail lui ont gagné et gagneront encore des adeptes fidèles, pas seulement parmi les hommes qui étaient ses élèves directs. Certains reconnaîtront comme un honneur la possibilité de se nommer - même partiellement - les continuateurs de son oeuvre.

Jerzy Plazewski



Dans son hommage à Jerzy Toeplitz, Wolfgang Klaue rappelle quelques événements marquants d'une présidence qui s'exerça pendant les périodes les plus complexes de l'histoire de la Fédération: la Guerre Froide et l'affaire Henri Langlois.
L'auteur évoque des situations mouvementées telles que la reconnaissance des Archives de la République Démocratique Allemande dans les années 50, le remplacement des membres par pays par l'introduction des membres individuels à la suite de l'affaire des Trois Allemagnes (Allemagne de l'Est, Allemagne de l'Ouest et Berlin-Ouest), son calme lors du départ de Langlois du congrès de Stockholm, son savoir-faire lors de l'opposition d'Ernest Lindgren à l'admission à la FIAF de "ciné-clubs avec de petites collections de films" qui, en fait, étaient des archives à l'état embryonnaire pour conclure son hommage en rappelant la capacité d'écoute et la sensibilité de médiateur de Jerzy Toeplitz qui firent de lui, non seulement un président idéal de la FIAF mais l'une des grandes personnalités de la culture cinématographique de l'après-guerre.

En su homenaje a Jerzy Toeplitz, Wolfgang Klaue recuerda momentos importantes de una presidencia ejercida durante los períodos más complejos de la historia de la Federación: la Guerra Fría y el 'Affaire Langlois'. El autor también evoca algunas peripecias como el reconocimiento de los Archivos de la República Democrática de Alemania en los años 50, el remplazo de la noción de países-miembros de la FIAF por la de miembros individuales luego de la cuestión de las Tres Alemanias (Alemania del Oeste, Alemania del Este y Berlín-Oeste), la calma de Jerzy Toeplitz cuando Langlois se fué del Congreso de Estocolmo, su serenidad ante la oposición de Ernest Lindgren a la admisión en la FIAF de "cine-clubs con colecciones minúsculas de películas" pero que ya prefiguraban lo que serían más adelante importantes archivos estatales, para conclouir su homenaje recordando la capacidad de escucha y la sensibilidad de mediador de Jerzy Toeplitz quién fué no sólo un presidente ideal de la FIAF sino también una de las grandes personalidades de la cinematografía del período de posguerra.