Filippe Sawadogo
Le Directeur Général de l'Unesco, M.Federico Mayor, a lancé début novembre un appel pour la sauvegarde du patrimoine cinématographique international, "Gardien de la mémoire du XXème siècle et l'une des expressions privilégiées d'un monde en transformation". M. Mayor rappelle qu'aujourd'hui plus des trois quarts des films antérieurs aux années cinquante, réalisés sur un support à base de nitrate de cellulose autodégradable et extrêmement inflammable, sont perdus pour toujours. Et ceux qui ont été réalisés après 1950, sur un support à base de triacétate de cellulose, s'ils ne sont pas conservés à l'abri de toute dégradation, sont pour 80% d'entre eux menacés d'être perdus. Dans nombre de pays d'Occident, il existe déjà depuis plus de 50 ans des cinémathèques qui prennent des mesures pour sauvegarder leur héritage cinématographique. Mais en Afrique?
Depuis plusieurs années les cinéastes et le Festival Panafricain du Cinéma se sont associés dans le but de fonder à Ouagadougou une cinémathèque destinée à conserver les images tournées en Afrique par des Africains et par d'autres. Une telle initiative est certainement nécessaire. En Europe il existe des milliers de kilomètres de pellicules tournés en Afrique par des professionnels comme par des amateurs, documents qui ont souvent une grande importance pour nos peuples. Avec la fin de l'époque coloniale, les Européens se désintéressent de ces films. Pour les productions récentes de nos cinéastes, le même problème se pose. Bien que le cinéma africain n'ait que 30 ans d'existence, plusieurs oeuvres sont menacées de disparition! L'exemple le plus malheureux est la perte en laboratoire du négatif d'un des premiers films primés (en 1973) au FESCAPO: Les mille et une mains du Marocain Souhel Ben Barka.
Le problème est devenu tellement crucial qu'il a été plusieurs fois évoqué par les cinéastes africains depuis 1972. Le FESCAPO a demandé une étude de faisabilité à l'UNESCO en 1985 sur ce sujet, et une nouvelle demande a été faite par la FEPACI (Fédération PanAfricaine de Cinéma) au cours des 2èmes Journées de Partenariat sur le Cinéma africain qui se sont tenues au FESPACO 91. Un consensus réel s'est dégagé à plusieurs niveaux et certains Africains veulent se mettre à y collaborer tandis que des partenaires extérieurs sont décidés à nous prêter main-forte pour la réalisation de ce projet.
Une cinémathèque panafricaine
La cinémathèque africaine de Ouagadougou, miroir de la faible production des films africains (quelques milliers de fictions et non fictions), a opté pour une cinémathèque panafricaine présentant des films africains et des films sur l'Afrique en vue de sauvegarder cette catégorie de documents, qui parlent de nous-mêmes.
Toujours dans l'esprit d'en faire une cinémathèque et des archives dynamiques, il sera prévu une option réelle de consultation et de recherche universitaire des oeuvres qui seront déposées en double. Seront ainsi organisés des universités d'été, des séances de projection d'art et d'essai, des séminaires scientifiques et historiques. Nous respecterons évidemment l'éthique de la profession en recherchant le plus grand éventail possible d'images à conserver. Dans la même option, "les archives ne doivent pas conserver seulement des films mais aussi les photographies tirées de ces films ou les concernant; des livres sur le sujet, des affiches, des scénarios, des dialogues et des génériques, des critiques, des esquisses de plateau et de costumes, des documents écrits et matériels cinématographiques". L'objectif est vaste, mais normal pour une cinémathèque!
Une recherche minutieuse dans les archives existant hors d'Afrique et en Afrique devrait nous permettre de faire un recensement le plus exhaustif possible des productions existantes et de rechercher les oeuvres disparues dans l'oubli.
L'avantage de la création de cette cinémathèque à Ouagadougou tient au fait que le FESPACO constitue à lui seul une source intarissable d'informations accumulées depuis 23 ans d'existence auxquelles s'ajoutent à chaque nouvelle édition des données complémentaires d'une richesse insoupçonnée. Ouagadougou est déjà un point d'appui pour le traitement des données, et grâce à un centre de documentation et à une banque de données performantes, ce réseau ainsi constitué permet de fournir des informations à l'usage du continent africain et des autres régions du globe.
A l'heure actuelle le Service des Archives du Film du CNC (France) s'occupe de faire parvenir du matériel pour cette cinémathèque, dont la mise en place devrait être achevée pour le début de 1994.