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Bologne 93

Henri Bousquet

J'ai beaucoup apprécié cette septième édition mais pas pour les mêmes raisons qu'en 1992. En effet, cette année, la partie dédiée au Cinéma restauré, Cinéma retrouvé m'a paru moins passionnante que l'an passé. Parmi la dizaine de bandes présentées dans cette section, mis à part Assunta Spina et Menschen am Sonntag, seul Der Brennende Acker (La Terre qui flambe) 1922 de Murnau m'a vraiment captivé. Cette histoire familiale, interprétée dans un style que j'oserai appeler brechtien, dans des décors épurés et mise en scène comme un opéra de chambre sans avoir cependant la sobriété de Der letzte mann deux ans plus tard, n'est pas indigne de l'auteur de Nosferatu réalisé la même année. La splendide copie qui nous fut présentée rendait admirablement compte du travail et de Murnau et de son décorateur Rochus Gliese. Je voudrais cependant signaler ce que j'appelle irrévérencieusement des "curiosités": Liebe adapté et réalisé par Paul Czinner d'après la nouvelle de Balzac La Duchesse de Langeais pour l'interprétation "acidulée" d'Elizabeth Bergner, Carnavalesca d'Amleto Palermi avec Lyda Borelli et Kalabaka sorte de road-movie des années vingt dans les pays balkaniques.

Par contre, si en 1992, "L'arrivée du sonore en Europe" fut pour moi une relative déception, cette année "L'arrivée du sonore aux Etats-Unis" a été une véritable découverte, non seulement par les films projetés mais surtout par leur choix qui nous permit, beaucoup mieux à mon sens que l'an passé, de saisir ce changement fondamental et surtout d'appréhender quelque peu tous les problèmes techniques et artistiques qui se présentèrent à l'industrie cinématographique à ce moment. La présentation des premiers Préludes Vitaphone de la Warner et, en particulier, ceux du programme initial projeté le 6 août 1926, du deuxième programme en octobre de la même année, projetés probablement pour la première fois en Europe depuis 1926, fut un événement, minimisé m'a-t-il semblé par nombre de participants qui apprécièrent beaucoup plus les longs métrages. Il est vrai que la projection de The first auto de Roy del Ruth le premier film sonore américain, de Old San Francisco et de Under a Texas moon jamais vus en Europe, semble-t-il, fut un événement. Lonesome (Solitude) de Paul Fejos, m'a paru, à mon point de vue, le plus symptomatique de ces oeuvres hybrides tournées en muet et reconverties au sonore et au parlant. La scène amoureuse sur la plage dans laquelle s'intercalent des "morceaux parlants" tournés en studio après coup, en est un exemple. Le troisième volet du Festival consacré à la Première Guerre mondiale m'a également et contrairement à beaucoup, très intéressé, peut-être en tant que Français marqué dans son subconscient. Malgré l'absence d'oeuvres de propagande pure tournées à cette époque comme Mère Française ou autres Jeanne Doré et dont Civilization est un produit exemplaire, on a pu voir un vaste échantillonnage de ces Actualités de guerre tournées dès le début du conflit par les adversaires en présence. Quelques unes de ces vues nous procurèrent, plus de 70 ans après, le choc que durent éprouver les spectateurs de l'arrière à l'époque. Ainsi ces 20 minutes de l'émotionnant En dirigeable sur le champs de bataille. 1ère partie: de Nieuport à Mont Kammel prises à bord d'un dirigeable survolant le champ de bataille en Flandre, véritable paysage lunaire ou encore A Verdun, le terrain reconquis et enfin, The Battle of the Somme réalisé par les Anglais, dont les 84 minutes sont encore aujourd'hui très impressionnantes même si l'on sait que certaines scènes ont été "mises en scènes". Cette partie du programme nous a, en outre, permis de voir une autre curiosité: un serial de la Pathé Exchange Pearl in the Army traduit en France par Le Courrier de Washington! Mis en scène par un certain Edward José ces dix épisodes nous amusèrent car la réalisation et le jeu des acteurs y compris la célébrissime Pearl White "The serial Queen" étaient d'un niveau bien médiocre.

Clos avec The Blue Angel la curieuse version américaine du film de Sternberg, cette 7ème édition, sans apporter de révélations ou de découvertes sensationnelles, n'en aura pas moins permis de réviser de visu, si j'ose dire, nos idées sur l'arrivée du sonore aux Etats-Unis et de relativiser nos fantasmes sur ces fameux serials made in the U.S.A.



M. Bousquet enjoyed the seventh year of the Bologna festival but not for the same reasons as in 1992. The section Cinéma restauré, Cinéma retrouvé was of less interest this year, although he was captivated by Der Brennende Acker (1922, Murnau). He also notes as curiosities Liebe by Paul Czinner with an "acid" performance by Elizabeth Nergner, Carnavalesca by Amleto Palermi with Lyda Borelli and Kalabaka which he calls a kind of road-movie from the twenties in the Balkan countries. On the other hand, while last year the program on the arrival of sound in Europe was a disappointment, this year the companion program on the arrival of sound in the United States was a real revelation, in part because one could learn a little about the technical and artistic problems. He points out especially the Vitaphone short films of 1926 and the first features, The First Auto, Old San Francisco and Under a Texas Moon (never seen in Europe) as important events. He believes that Lonesome by Paul Fejos is the film most representative of the hybrid works made as silent films and converted to sound. The third section of the festival dedicated to the First World War M. Bousquet found very interesting, contrary to the opinions of some others. While the landmarks of pure propaganda made in this period, such as Civilization, were missing, one could see a vast array of the Actualités de guerre filmed from the beginning by wartime adversaries. Some of these images more 70 years later still carried the shock felt by the spectators of the period. Also moving were En dirigeable sur le champs de bataille, A Verdun, le terrain reconquis, and The Battle of the Somme. As a curiosity, there was Pearl in the Army, starring the famous Pearl White, which was quite mediocre, also the curious American version of The Blue Angel. In conclusion, the festival was successful in the revision of ideas about the coming of sound in the United States and in bringing a touch of reality to the author's fantasies about these famous American serials.