"El otoño vendrá con caracolas uva de niebla y montes agrupades pero nadie querrá mirar tus ojos porque te has mureto para siempre..."
Né à Perpignan (Roussillon-France) en 1931 Marcel Oms, historien et critique du cinéma, est décédé à Narbonne (Aude-France) des suites d'un accident de la circulation le 22 juillet dernier.
Les premiers paysages de l'enfance de Marcel Oms sont ceux, suspendus entre mer et montagne au-dessus de la baie de Collioure (point extrême où les Pyrénées se fondent à la Méditerranée), d'une terre âpre qui fait les vins forts: paysages saturés de chaleur et de lumière qui vous destinent en naissant à devenir peintre, vigneron ou marin. Mais très vite l'Histoire va rayer d'une marque sanglante la perfection de ce cadre originel: la rencontre dans la montagne ou dans les rues de Collioure des réfugiés de la guerre d'Espagne amènera très tôt l'enfant à choisir de vivre passionément les joies et les révoltes de son temps.
Aussi à la beauté extatique du décor il préfère vite l'enchantement des salles obscures, l'action et la magie du cinéma. Lieu merveilleux de tous les rêves éveillés et de toutes les fictions, restituant leur dignité humaine à tous les Olvidados de la terre, témoin privilégié de l'aventure terrestre, mémoire du vivant, poignant ou drôle, art éminemment populaire, le cinéma offre à l'adolescent des visions de mondes toujours nouveaux. Plus qu'une simple distraction, il est déjà une nourriture essentielle. Source intarrissable de bonheurs esthétiques inédits, parfois interdits ou même sulfureux, il transcende aussi le "sentiment tragique de la vie"... Dans ces années de formation Les visiteurs du soir en prélude à Nuit et Brouillard, puis plus tard à Muriel, un chien andalou et l'énergie corrosive des surréalistes, Buster Keaton et le rire des burlesques américains, les mythologies cinématographiques de la révolution soviétique seront parmi ses premiers compagnons de route fidèles.
Jovial, toujours en mouvement, boute-en-train à ses heures, Marcel Oms autant que du cinéma a la passion d'en débattre et même d'en découdre avec ses pairs dans des soirées publiques. Dès l'université, à Montpellier, dans les années 50, il fonde un Ciné-club du nom de Jean Vigo; hommage à l'auteur de l'insolent Zéro de conduite, clin d'oeil à la Catalogne, provocation enfin qui dit bien la colère d'une génération face aux injustices d'un monde trop pressé d'oublier Les années de plomb.
Internationaliste et catalan, Marcel Oms n'oublie pas l'Espagne, ses tourments et ses plaies: à travers le cinéma il traque jusqu'à gratter la vérité, l'identité et la mémoire mutilée de ces nouveaux hommes du paysage français dont son ami Jean-Claude Rolland incarne le drame dans l'Espagnol.
Critique à Positif dans les années 60, avec son ami Raymond Borde, Marcel Oms veut vivre et agir en terre catalane. Il a la vocation d'initier le plus grand nombre aux classiques de l'histoire du cinéma, aux oeuvres inédites de la cinématographie mondiale tant celles de recherche et de création que celles redécouvertes au bonheur des investigations des fous de cinémathèque. Ses programmations fondées sur la thématique de l'identification de la Mémoire collective sont guidées par le fil d'Ariane de la recherche de la Vérité. Elles mettent en scène témoins, acteurs et contributions visuelles sur des sujets socio-historiques brûlants et donnent la parole aux oeuvres militantes de pays où les droits de l'homme sont bafoués. Elles mêlent le plaisir du cinéma à sa nécessaire conscience historique des devenirs de l'Homme et de ses responsabilités. Conjuguant cinéphilie et militantisme, le cinéma devient pour Marcel Oms le lieu privilégié de sa pratique sociale. Il y déploie, en s'associant d'abord à la lutte pour la liberté de ses frères d'Espagne, un soutien actif aux cinématographies engagées.
Animateur infatiguable, il structure son monde pour prolonger au delà de la projection la mémoire du film, celle de la réflexion et des prises de conscience qu'il a éveillées: en regroupant autour de lui d'autres aficionados de cinéma qui sont ses amis, il fonde à Perpignan un ciné-club, Les Amis du Cinéma, en 1962. Avec une équipe ainsi soudée et formée à sa pratique du cinéma, Marcel Oms (qui est aussi un adepte du vélo) va pouvoir développer son action culturelle sur de plus grands braquets: en 1965 nait le Festival Confrontation; en 1971, Les Cahiers de la Cinémathèque dont le principe est d'envisager l'histoire du cinéma en rapport avec celle des mentalités; dans les années 1980, l'Institut Jean Vigo vient fédérer toutes ses initiatives en leur donnant une stature qui leur permette de prétendre à devenir pérennes.
Hispanisant de formation, Marcel Oms enseigne l'espagnol, l'histoire, la philosophie. Très tôt, il introduit le film comme adjuvant à ses enseignements et il n'aura de trêve au sein de l'éducation nationale jusqu'à ce que le cinéma intègre de plein droit les programmes scolaires.
Dans le débordant tourbillon d'une vie avec le cinéma pour principe, Marcel Oms nous a laissé de sa passion intègre des actes en forme de livres d'histoire du cinéma, qui à travers l'auscultation de l'oeuvre des autres disent, mieux que quiconque, qui est l'homme et quelle fut sa vie. On ne citerai ici pour mémoire que la trilogie castillane: Carlos Saura, Don Luis Buñuel, La guerre d'Espagne au cinéma...Au début de l'été, dans la pénombre et la paix de sa bibliothèque, Marcel Oms écrivait sur l'oeuvre de Pedro Almodovar...
Quelque part et près de Narbonne, au bord du canal du Midi, un chaland passe: ciao, Marcel.