Les films Lumière dans tous leurs états
Les Archives du film du Centre national de la cinématographie ont consacré la journée du 10 juin 1993 à un premier bilan du projet de reconstitution du catalogue des films Lumière et à une réflexion sur les différentes modalités de diffusion envisageables pour ces films, dans le cadre des célébrations du Premier siècle du cinéma. A cette occasion, trente-neuf partenaires concernés - ayant-droits, dépositaires, représentants des industries techniques, sous-traitants et représentants de la Mission de la Recherche du Ministère de la Culture - étaient présents et ont confronté leurs différents points de vue.
Reconstitution du catalogue des films Lumière
Michelle Aubert, Conservateur des Archives du film du CNC, a présenté ce projet, subventionné par la Mission de la Recherche du Ministère de la Culture, dont l'objectif est de recenser l'ensemble des films réalisés avec une caméra Lumière. Il doit aboutir à la publication d'un catalogue raisonné prenant en compte les 1425 titres recensés dans les différents catalogues de la maison Lumière qui répertorient la majeure partie des films produits entre 1895 et 1905. Mais surtout il doit permettre de rendre ces films accessibles, puisque, en 1995, de nombreuses manifestations du centenaire feront appel au patrimoine Lumière.
Ce projet, lancé par les Archives du film du CNC dans le cadre des célébrations du Premier siècle du cinéma, se fait en collaboration avec le C.E.R.T.C. de l'Université Lumière-Lyon II et l'Association Frères Lumière. L'équipe des Archives prend en charge l'inventaire, l'identification, le catalogage et la restauration des films Lumière, tandis que l'équipe de l'Université Lumière collecte des informations documentaires sur le contexte socio-économique de ces films et leur diffusion et prépare la publication du catalogue des films Lumière.
L'Association Frères Lumière, association loi 1901 à but non lucratif regroupant les héritiers, les propriétaires et les dépositaires, est propriétaire des droits Lumière, ceux-ci étant gérés par sa trésorière, Michelle Aubert. L'Association apporte son soutien en mettant à la disposition des Archives un très grand nombre de films de cette production: plus de 7000 films - dont les 2/3 sont des nitrates originaux.
Grâce à ce regroupement des collections et au travail d'inventaire mené aux Archives, 96% des titres recensés dans les catalogues Lumière ont déjà été retrouvés.
Outre d'augmenter nos chances de retrouver le maximum de films, la comparaison de différents films regroupés sous un titre similaire permet d'optimiser l'identification, d'éviter les doublons de sauvegardes et de choisir pour la restauration le meilleur élément d'origine.
Présentation de la restauration comparée des films Lumière
Jean-Louis Cot, responsable du département catalogage et analyse, et l'équipe Lumière, après un rapide bilan du patrimoine cinématographique Lumière, ont commenté la projection de différents examples de restaurations de films Lumière.
Sur les 1425 titres du catalogue, 199 films n'ont fait l'objet d'aucun tirage. Et parmi les 1226 films ayant été tirés au moins une fois, beaucoup n'ont pourtant pas d'élément de conservation satisfaisant. Un travail de sauvegarde et de restauration d'une grand ampleur doit donc être entrepris.
En effet, les différents tirages qui se sont succédés depuis les années 60 n'ont pas, pour la plupart, assuré une véritable préservation de ce patrimoine.
Les tirages entrepris par Boyer à la demande d'Henri Langlois sont les plus réussis du point de vue de la stabilité et de la qualité de l'image (malgré parfois un flou en bordure d'image), mais ils n'ont pas tous constitué de matrices, puisque le premier positif a servi de copie d'exploitation.
De plus, la grande majorité des tirages présente des défauts: manque de stabilité, trop ou pas assez de contraste, flous en bordure d'image (dus à un tuilage non atténué par une pression au moment du tirage), cadre sonore (ce qui pose des problèmes d'homogénéité des collections, en particulier lors de la projection avec d'autres films), etc. Il est donc nécessaire, avant de s'engager dans de nouvelles restaurations, de définir des paramètres garantissant une qualité qui respecte les qualités de l'élément d'origine et une certaine homogénéité de la collection.
Il a été ainsi convenu que ces restaurations doivent:
- Partir, chaque fois que possible, d'un négatif d'origine;
- aboutir à la constitution de matrices de conservation, seules garantes d'une vraie préservation pour l'avenir, et d'éléments de tirages;
- prendre comme référence, pour la stabilité et la qualité de l'image, les tirages de Boyer. Ces choix de sauvegarde ou de restauration de la collection doivent bien sûr également prendre en compte les contraintes de budget et de délais. Une solution mixte a ainsi été adoptée.
Les films seront restaurés suivant trois types de tirages:
- avec la tireuse-prototype, développée par les Archives du film pour prendre en charge les films à perforations non standard (telles que celles des films Lumière, entre autres), c'est-à-dire un tirage par immersion à 4 images par seconde, avec un nouveau produit, le PF 5060 (de 3M), inerte et non toxique, qui n'attaque pas les supports cirés ou vernis (auparavant ceux-ci ne pouvaient pas être traités en immersion);
- au banc-titre, c'est-à-dire image par image, pour les films dont les conditions physiques (tuilage, déchirures, etc.) interdisent le passage en tireuse ou qui réclament un traitement spécifique (du fait de la variation de leur barre de cadrage, etc).
- Enfin certains cas, tout à fait spécifiques, seront sans doute sauvegardés par une méthode numérique puis reportés sur pellicule 35mm.
M. Philippe Poulet, plasticien inographiste (Médiaform Création), a présenté, avec un exemple de transfert numérique retouché d'un film Lumière australien, les différentes possibilités de son logiciel de restauration numérique - qu'il envisage de baptiser Lumière.
Le film est d'abord saisi par scanning, image par image, avec une résolution de 1280 points sur la largeur de l'image, et analysé en couleurs pour retrouver une gamme de gris proche de l'original.
Suivent ensuite des opérations techniques de filtrage (pour, en augmentant l'acutance, améliorer l'impression de définition), de correction de la luminance, de correction du contraste (cet étalonnage image par image permet de réduire le scintillement), etc.
Le film est recadré ou recentré autour de points de référence afin d'en rétablir la stabilité. Il est ensuite retouché pour enlever les taches. Lorsqu'il est craquelé ou déchiré, des portions non abîmées, similaires à celles qui manquent, sont prélevées sur d'autres photogrammes et collées pour rétablir l'intégralité de l'image. Les retouches se font sur de micro-séquences, afin qu'elles n'apparaissent pas dans le défilement (ce qui serait le cas si elle se faisait image par image). De même les retouches par prélèvement et collage se font en partant d'un élément, non de l'image précédente, mais d'au moins deux images précédentes, pour éviter une fixité partielle.
Le transfert numérique du film peut alors être reporté sur film par kinéscopage. Un film ainsi traité (mais partiellement retouché) a été présenté lors de la projection.
Chaque film Lumière ayant ses propres spécificités (pour l'exposition, le développement et même leur optique), une automatisation de leur traitement en nombre est exclue.
Les films Lumière en CD-Rom
Scott Hammer est intervenu, en qualité d'informaticien réalisateur multimédia, pour exposer les problèmes de contenu, de coût et de diffusion des CD-Rom. Il avait amené avec lui deux développeurs de documents multimédia: Heïdi Perrin, de Voyager, et Jean Sylvestre, concepteur d'un document sur la guerre d'Algérie vue par la radio française réalisé en collaboration avec l'Institut national de l'audiovisuel.
Les nombreux avantages du CD-Rom sont d'être multimédia (il permet d'utiliser simultanément texte, paroles, musiques, films, etc.), interactif (l'utilisateur peut faire varier le cours du document) et bon marché (son coût de fabrication est ridicule et son prix de vente tourne autour de 400F).
C'est un enregistrement numérique, et non analogique comme c'est le cas des vidéodisques. (Ces derniers ne permettent donc pas d'interactivité, à moins d'être pilotés par un ordinateur; et l'équipement très coûteux que cela suppose fait que cette technique est essentiellement le fait d'institutions ou de grandes entreprises).
Grâce à la richesse des informations qu'il peut engranger, le CD-Rom peut satisfaire les besoins et les attentes de différents publics: aussi bien les néophytes qui ne connaissent pas les débuts du cinéma, dans le cas d'un CD-Rom sur les films Lumière, que les spécialistes qui désirent accéder à des informations précises et référencées.
D'autre part, le CD-Rom permet deux modes de lecture: soit une lecture linéaire qui suit la trame du document, soit une lecture active avec des demandes de compléments d'informations sur des points particuliers, avec des interruptions dans le défilement d'un chapitre, avec des comparaisons de différents documents sur un même thème, etc. Pour répondre à ce type de lecture, le CD-Rom dispose de nombreux documents annexes susceptibles de se greffer, à la demande, sur le document principal ou encore entre eux par des liens, et, bien sûr, d'une table des matières et d'un index. Il permet ainsi de multiplier les niveaux de lecture, en associant simultanément photos et sons, lecture et audition, etc.
En revanche, sa diffusion est limitée aux possesseurs d'un ordinateur. De plus, bien que le CD-Rom offre, dans les conditons optimales, une définition équivalente à celle du standard VGA (640 points sur la largeur de l'image), il ne permet pour l'instant qu'une imparfaite restitution des films sur des configurations grand public (l'animation est saccadée en raison inverse de la grandeur de l'image).
Les techniques et les matériaux informatiques progressant très rapidement, il est néanmoins prévisible que, d'ici quelques temps, même les micro-ordinateurs standard permettront une bonne restitution des images animées.
Michelle Aubert
Michelle Aubert describes a project, subsidized by the Ministry of Culture, for the restoration of the Lumière films 1895-1905.
In collaboration with the CNC, the C.E.R.T.C. of the Université Lumière-LyonII and the Association Frères Lumière. The Archives of CNC has taken responsibility for the inventory, identification, cataloguing and the restoration of the Lumière films, while the team at the Université Lumière is collecting documents on the socio-economic context of these films and their distribution, and undertakes the publication of a catalog.
L'Association Frères Lumière, a non-profit association bringing together the heirs, the rights holders and the depositors, controls the Lumière rights, which are managed by the treasurer, Michelle Aubert. The Association made available more than 7000 films, 2/3 of them nitrate originals. Thanks to these collections and the inventory work of the archive, 96% of titles listed in the Lumière catalogs have already been found. The comparison of films with similar titles has helped identification and avoided needless duplication, permitting the archive to select the best original elements for restoration.
To resolve the problems of restoration, three methods have been established: first, when their physical state permits, the films will be copied on the prototype printer developed by the archive for films with non-standard perforations, wet-gated at 4 frames per second, with a new product from 3M, PF 5060, inert and non-toxic; second, for films requiring a specific treatment (warping, tears, irregular frame lines), the process calls for frame-by-frame printing; and in the third place, certain specific films will probably be copied digitally on video disk. A prototype of this last method was demonstrated: a Lumière film scanned frame by frame, with a resolution of 1280, filtered, stretched frame by frame, recentered retouched, all digitally, and then recaptured on 35mm film. In addition, a presentation was made by developers of multi-media projects utilizing CD-Rom, explaining the uses and limitations, cost and distribution.
Los filmes Lumière, centro de todas las stenciones
Los Archivos de cine del Centro nacional de la cinematografía (CNC) dedicaron una jornada a la evaluación de los resultados de la reconstitución del catálogo de los filmes de los hermanos Lumière y a una reflexión sobre las modalidades de difusión de dichas obras con motivo de las celebraciones del Primer centenario del cine. Treinta y nueve representantes, depositarios, técnicos-industriales, gubernamentales, etc.) defendieron sus respectivos puntos de vista.
Michelle Aubert presentó el proyecto que, gracias a la subvención de la Misión de investigación del Ministerio de la cultura de Franci, permitirá repertoriar los filmes rodados entre 1895 y 1905 a partir de diferentes catálogos Lumière (1425 obras). El projecto se realiza en colaboración con la Universidad de Lyon y la Asociación Frères Lumière.
Gracias al regrupamiento de las colecciones y al inventario efectuado en los Archivos del CNC, 96% de los filmes mencionados en los catálogos Lumière ya han sido localizados.
Los responsables del catálogo y de las restauraciones comentaron tres tipos de trabajo de reconstitución. Primeramente, cuando el estado del material lo permite, se utilizará la copiadora-prototipo para perforaciones no-estandard. Un segundo tipo de reconstitución tendrá en cuenta los defectos que requieren un tratamiento manual, fotograma por fotograma. Un tercer procedimiento consite en la aplicación de un prototipo de un sistema de restauración numérica. La película es registrada con scanner, imágen por imágen, con una resolución de 1280 puntos sobre el ancho de la imágen. El fotograma es filtrado, centrado, retocado, todo ello numéricamente, y termina siendo transferido sobre película 35mm.
Paralelamente, los expertos de aplicaciones multi-media, abordaron problemas de contenido, de costos y de difusión de CD-Rom.